Le bestiaire argotique

Toute ressemblance avec des personnages apparaissant dans le livre n’est bien entendu pas due au hasard.

Tous les métiers ont leur argot, les charpentiers n’y dérogent pas.

Présentation de la ménagerie.

Le petit (lapin) devant, la grande (chèvre) derrière.

Le lapin

« Chez les charpentiers, le lapin, c’est l’apprenti, il a de grandes oreilles pour tout entendre et de grandes pattes pour bien courir » :  Deux vertus essentielles de l’apprenti charpentier.
Le lapin a pour mission de balayer l’atelier, tenir le bout du cordeau et apprendre son métier. Il peut être remplacé par une pointe carrée ou un poids portant le même nom. (voir page 104)

L’équivalent du lapin, c’est l’arpète dans l’industrie, le mousse dans la marine (pas question, d’ailleurs, d’embarquer le dit animal), le castor (beaver) chez les les anglais, ce qui va singulièrement compliquer la traduction des miquets.

Ne pas confondre le lapin avec le « petit compagnon » plus ou moins qualifié qui fait le troisième de l’équipe.
Commis, dans les terres, matelot, sur la côte, novice en mer, gafète dans le sud, ce sont des ouvriers libres, tandis que le lapin est sous contrat et va à l’école (il a de grandes pattes) pour apprendre (il a de grandes oreilles).

Le terme de lapinage  est parfois employé pour désigner cette période, (néologisme faisant un peu tapin).

Le renard.

Ouvrier charpentier n’appartenant pas à une société compagnonnique.

On peut compliquer un peu :
Le compagnonnage a toujours été très présent chez les charpentiers.
Dans la deuxième moitié du XIXem siècle les conditions sociales et politiques faisaient qu’il y avait plus de compagnons charpentiers (c’est à dire adhérents à une société compagnonnique) que de « renards » c’est à dire d’ouvriers non « compagnon ».

Cependant, jusqu’au milieu du XIXem on ne connait qu’une seule société de compagnons charpentiers : Les Compagnons Passants Bons Drilles Du Devoir et pas toujours fins-fins (faut replacer cela, aussi, dans le contexte d’une époque particulièrement dure pour les ouvriers).

Charpentier Bon Drille d’après un « tableau de conduite »
(Musée du compagnonnage de Tours)

Bien entendu, ceux qui ne voulaient pas devenir Bon Drille, se sont organisés en société parallèle.
Les Bons Drilles  revendiquant le chien comme totem et surnom, le renard devint son pendant: Renards libres et joyeux mais aussi  Renard de liberté.

Dans la deuxième moitié du XIXem une nouvelle société compagnonnique émerge : les Compagnons Charpentiers de Liberté également appelé Indiens car pratiquant le « Rite d’Inde » (Rite de Salomon). L’ hypothèse la plus répandue veut que cette société soit issue des Renards libres et joyeux et ait « reçu le Devoir » par les Compagnons Tailleurs de Pierres de Liberté. Il est cependant possible qu’une scission soit apparue chez les Bon Drilles au début du XIXem et qu’à partir d’un tronc commun leurs « Devoirs » aient divergé…
En toute logique et pour se démarquer, le loup devint leur animal totem et leur surnom. Cette société, en phase avec son époque, se développa rapidement au point de dépasser les Charpentiers Bons Drilles, qui, à leur tour évoluèrent et reprirent du poil de la bête    – Rivalité, concurrence, mais aussi émulation…

Les deux sociétés fusionnèrent en 1945 sous le nom de Compagnons Charpentiers Des Devoirs du Tour de France, parfois surnommés
« Chien-loups » (C.Q.F.D). Une minorité de Compagnons Charpentiers Bon Drille est cependant restée à l’ Association Ouvrière et s’y est développée.

Les sociétés de renards ont disparu entre les deux guerres.

 

Beaucoup d’informations sur les Renards sont extraites de l’excellent site de J.M. Mathonière

http://compagnonnage.info/blog/blogs/blog1.php/2011/07/16/fumercommeuncharpentierrenardlibre

 

En voila quatre pour le prix d’un : Renard, Chien, Loup et Chien-loup.

Par ailleurs, le renard est aussi le cliquet anti retour d’un treuil…
D’où ce rapport d’accident du travail devenu célèbre (à défaut d’être authentique) :

Le renard à lâché
La bique a biqueté
Le lapin s’est sauvé
Et singe c’est mis à gueuler

A propos de singe :

Celui-ci n’est pas dans le livre, normal, on n’en a pas, ou plutôt on est nos propres singes.
Réputé toujours faire la grimace, le singe: c’est l’employeur !
(mais il fait semblant de ne pas le savoir, alors ne vendez pas la vache.*)
Certains, plus expressifs que d’autres, excellent dans le « grand numéro du singe qui pleure » : litanie de lamentations  exécutée en direct ou au  téléphone et avec brio par la bourgeoise*. (normal, c’est elle qui gère la boutique*)

* dialecte de Haute Bretagne (Gallo) : vendre la mèche en français.
* et non pas la guenon !
* et non pas la singerie !

Pour info, l’ours étaient nos surnoms, pseudos et totems respectifs bien avant que l’on se connaisse et publie le bouquin.
L’ours appartient au bestiaire des imprimeurs et non à celui des charpentiers.

Dans un prochain article, le bestiaire continue avec la chèvre, le mouton, la sauterelle, la grenouille (!?), le gascon et le limousin (à ne pas confondre avec les Gascons et les Limousins !)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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